Comment chacun trouve sa place à Royompré…

Une nouvelle fois, j’ai été touchée par l’espèce de « perfection » qui s’est dégagée de notre après-midi – pourtant bien ordinaire – à Royompré. Touchée par ce mélange de liberté et de spontanéité partagées – dans le jeu, les interactions, le pique-nique et les allées et venues de chacun.

Et comme une maman m’a envoyé ce soir un sms de célébration de cette nouvelle après-midi « ressourçante et de joie profonde au bord de l’eau »… Je prends conscience que nous sommes plusieurs à être touché(e)s, et que cela vaut la peine de vous le partager.

Pourquoi de tels moments nous font du bien ? A mon avis (donc ce que je vais étayer dans ce billet), au-delà du ressourcement évident de la nature et du soleil (discret mais quand même là…), il y a le jeu libre des enfants. Le jeu libre des enfants, dans un lieu ouvert (en plein air, ici au bord de l’eau), qui permet à chacun de prendre sa place d’une manière naturelle, spontanée, évidente.

J’étais arrivée la première avec mon fils et sa demi-sœur. Ils se sont rapidement mis au travail de reconstruire un barrage dans la rivière (au même endroit que la semaine dernière). Ils étaient équipés de deux pelles et d’une petite brouette, qu’ils remplissaient de gravillons, puis déversaient pour allonger leur barrage, qu’ils renforçaient sur les côtés par de grosses pierres. Ils se sont occupés ainsi plus d’une heure, en continu, sans relever la tête de leur ouvrage…

Puis Isa est arrivée avec Adam : lui, ses repères au bord de l’eau… ou plutôt dedans sont aussi évidents. Crac, c’est parti pour les pieds dans l’eau et des lancers de pierre – éventuellement en compagnie de Pizza. Pizza ! Le héros de tous les enfants, la chienne de la ferme voisine, qui a une qualité de présence extraordinaire auprès des enfants… qui le lui rendent bien.

Christel, venue l’été dernier avec sa petite (six mois à l’époque), arrive ensuite. Ouf ! Sa petite a grandi d’un demi-mètre et marche à présent. Elle était enthousiaste de tout : l’eau, la boue, les autres enfants, le chien… Elle n’a pas tardé à aller, elle aussi, se baigner.

J’ai particulièrement adoré l’arrivée d’une famille avec trois enfants. Ils viennent pour la troisième fois à Royompré. J’ai vu les deux aînés (sept ans et demi et cinq ans et demi) débarquer de la voiture, elle une pelle et lui une truelle à la main, et tracer une ligne impeccablement droite d’un pas rapide et empressé vers l’endroit du barrage délaissé la semaine passée… Et hop, deux ouvriers de plus sur le chantier, on continue le boulot !

La famille des « Berliner » est ensuite arrivée, ça faisait longtemps qu’on ne les avait plus vus à Royompré. Ils se sont joyeusement fondus dans la troupe, avec sa bonne part d’enfants bilingues (plusieurs sont scolarisés du côté d’Eupen). J’ai vu le papa jouer au ballon avec Adam, construire des canaux avec un autre garçon…

Puis, Flavia avec Aïdan… qui viennent plus ou moins régulièrement… Ni une ni deux pour Aïdan – il faut dire qu’il arrivait au moment du gâteau d’anniversaire de Valentin –, lui aussi trouve sa place sans aucune difficulté, entre jus de pomme, pelle, bord de la rivière, Pizza et autres gamins…

Après ça, notre troupe du jour était complète, et j’ai encore vu plein de choses que j’ai mentalement photographiées, car elles constituent l’essence même du projet « On décolle ! »… La brouette et les pelles passaient de main en main, sans heurts… De plus en plus d’enfants, habillés ou tous nus, se sont retrouvés trempés de la tête aux pieds… Un grand allait repêcher le ballon d’un petit, catastrophé de le voir partir dans la rivière… Un mini-troupeau allait, de gauche, à droite, à là-bas, à ici… Ah oui, et les mamans installées sur la couverture du pique-nique qui échangeaient leurs souvenirs et expériences d’accouchement et d’allaitement. Et on parlait enfants, aussi, (presque) évidemment.

Ce qui m’a frappé dans cette après-midi ? C’est qu’au-delà de la (petite) coordination demandée par ce projet, il n’y a aucune recette pour provoquer de tels moments d’une beauté, d’une joie et d’une harmonie « parfaites ».  Où chacun est le bienvenu, où chacun a sa place, où chacun est heureux d’être là. Dans une mixité d’âges, de langues, de parcours de vie. Il y a avant tout beaucoup, beaucoup d’informel. Il y a une attention aux relations humaines. Il y a une ouverture. Mais… tout cela n’est pas déterminé, codifié, ni entériné. Tout cela se vit. Tout se fait spontanément, très simplement. Et puis… il y a, surtout, les enfants ! Les enfants nous montrent ce qui fait la réussite de ces moments. Ou plutôt, ce sont les enfants qui font la réussite de tous ces moments.

Alors… Laissez aux enfants les rennes de leur temps, de leurs occupations, de leurs jeux… Ne les forcez à rien. Et vous verrez. Vous serez surpris. Vous goûterez peut-être… sûrement… très certainement… au bonheur ressourçant, comme celui qui a imprégné notre après-midi !

 

Caro-des-Bois